Un bébé, une Odyssée...

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21 janvier 2011

Qu'est ce que l'école LIBRE de Summerhill?

SummerhillSchool

Quelle est l’école idéale? Quels sont les véritables besoins des enfants pour s’épanouir et grandir heureux? Ces questions me turlupinent depuis quelques temps et je viendrai partager avec vous plusieurs posts à ce sujet qui iront de Summerhill (la première FREE school), à l’école Steiner (pédagogie Waldorf), en passant par le Unschooling. Voici le premier billet de cette série.

Summerhill, ça vous dit quelque chose? C’est probablement l’école la plus connue au monde et la plus alternative de toutes. Fondée en 1921, elle était révolutionnaire à l’époque et elle est encore « ahead of it’s time » aujourd’hui!

Imaginez une école où… les enfants sont totalement LIBRES, libres de JOUER toute la journée s’ils le désirent, libres de NE PAS ALLER AUX COURS qui sont tous facultatifs, libres d’être eux-mêmes. Il n’y a pas d’examens obligatoires, de cours obligatoires, de hiérarchie, de punitions. Le succès n’est pas déterminé par une note au bulletin et apprendre par coeur pour recracher le tout à l'examen n'est pas requis. La seule chose qui est essentielle à « apprendre», c’est de vivre ensemble. Ce n'est pas parce que Summerhill est une école libre que c'est le chaos perpétuel et l'anarchie! La philosophie est simple: "Chacun est libre de faire ce qu'il veut aussi lontemps qu'il n'empiète pas sur la liberté des autres".

“Most people think that Summerhill is a place where children can do as they like, in reality we have over 150 rules that are made by all of us, so we can make changes if we want to. Everyone in the school, adult or child, has an EQUAL vote and is accountable to the whole community”.

On ne respecte pas des règles uniquement parce que ce sont des règles, on sait d’une pourquoi on les respecte, on n’a pas de réticences à le faire.  On sait ce que c’est qu'une société sans règles, parce qu’on l’a vécu à un certain moment. Et croyez-moi, c’est l’enfer avec des ordures qui arrivent à la hauteur des oreilles, on ne lave plus son linge et personne ne va se coucher ».

Un des aspects fondamentaux et totalement révolutionnaire est "l'autogestion" de l'école. L’école est gérée démocratiquement et les assemblées générales (voir une image commentée ici) sont des moments privilégiés où les problèmes de la vie quotidienne sont soulevés, des solutions sont proposées et votées. Chacun a droit de parole et son vote compte autant, qu'il ait 5 ans ou qu'il soit directeur. L'ONU et nos assemblées parlementaires pourraient prendre des notes car à voir aller cette démocratie participative présidée et gérée entièrement par des enfants, on reste bien impressionné!

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 Je vous invite à visionner ce merveilleux vidéo  partie 1partie 2 et partie 3 d’une heure en tout (en français oh yééé :o) qui sera 1000 fois plus efficace que tous les mots que j’écrirai pour vous faire ressentir l’ambiance unique de Summerhill.  

voici les 3 parties du film ci bas


Les enfants de Summerhill 1 ~ ( film... par brotherdavid


Les enfants de Summerhill 2 - ( film... par brotherdavid


Les enfants de Summerhill 3 - ( film... par brotherdavid

 

D’anciens élèves devenus adultes nous racontent leur école, ce pensionnat (boardingschool) sur un immense terrain boisé, comment cela les a changés et ce qu'ils ont fait après avoir gradué, voici quelques témoignages du vidéo qui m’ont marqué : 

-          C’était la liberté : on pouvait aller partout, grimper dans les arbres, faire n’importe quoi. Manifestement c’était un endroit qui appartenait aux enfants. Je n’avais jamais vu un endroit comme ça : il y avait des vélos partout, des cordes qui pendaient aux arbres, les enfants semblaient vraiment en être les propriétaires.

 

-          On faisait des cabanes dans les arbres pour 3-4 personnes et là on se faisait notre monde imaginaire, on prenait le thé et on faisait semblant d’y vivre.

 

-          On tirait à l’arc, on jouait avec des bâtons en guise d’épée et avec des fusils imaginaires, et il y avait des armées ennemies qui se livraient bataille. Plus tard je suis devenu bien plus sage.

 

-          Il y avait plein de choses à faire, et à mon avis ça avait autant de valeur que d’aller en cours. On ne te culpabilisait jamais, y avait aucune pression sur toi, alors on n’avait pas de remords.

 

-          La vie des enfants était si riche et pleine d’événements, il se passait tant de choses dehors qu’avec tout un groupe de mon âge on n’allait plus en classe. J’ai attendu d’avoir 14 ans environ pour y retourner.

 

-          Qd je repense à Summerhill, c’est l’image d’un merveilleux été sans fin, où l’on pouvait partir à la découverte du sexe opposé tout à fait sans contraintes et sans contradictions. En un mot : la liberté de grandir. (Note : à l’époque les écoles anglaises régulières n’étaient pas mixtes). Contrairement à la plupart des enfants en pensionnat, j’attendais les vacances SANS impatience. Je trouvais l’école plus agréable que les vacances. 

 

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Avec cette école-laboratoire, on prend conscience de l’importance du jeu libre pour le développement de l’enfant. Le jeu n’est pas qu’un passe-temps accessoire, une « récréation » entre deux cours, il est vital, c’est au travers du jeu que l’enfant appréhende le monde et les rapports sociaux. Jouer, c’est sa job à temps plein! Si on laisse l’enfant être maître de son emploi du temps, comme c’est le cas à Summerhill, l’enfant joue, joue et joue encore jusqu’au début de l’adolescence où ses besoins changent et il est mûr pour et en quête d’une instruction plus formelle.

Et il est surprenant de constater à quelle vitesse un enfant motivé et concentré peut apprendre et rattraper son « retard » au moment où il désire préparer des examens en vue d’un métier désiré. « J’avais eu beaucoup de temps pour jouer et pour découvrir ce que je voulais faire et les cours où je voulais aller. Quand finalement je suis allée en classe, je savais très bien ce que je voulais et j’étais très attentif parce que j’avais envie d’y aller. J’y suis allée de mon plein gré ». Les finissants de Summerhill obtiennent d’ailleurs de meilleures scores aux tests de fin d’études que la moyenne britannique et la plupart des summerhilliens poursuivent après des études postsecondaires! Tous ne deviennent pas médecins, car certains peuvent avoir envie d’être couturiers ou ébéniste, ces jeunes ayant intégré le principe que "la réussite est celle de l’accomplissement personnel". Pour le fondateur de l'école, A.S. Neill, le plus important est que les enfants soient eux-mêmes et heureux: "I would rather Summerhill produced a happy street sweeper than a neurotic prime minister"! 

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J’ai entre mes mains le célèbre livre (Libres enfants de Summerhill) du fondateur, le phsychanaliste et philosophe/éducateur Alexander Sutherland Neill. Ce best-seller mondial fut imprimé à plus de 400 000 exemplaires (!!!), il suscita de grands débats pédagogiques, lança la question des droits de l’enfant et engendra le mouvement international des « free schools ». Je n’ai pas encore commencé le fameux livre, mais je sens que je vous en reparlerai. Voici un avant-goût du « style Neill »... authentique, brut, sans compromis :

“I believe that in a strict school it’s all wrong, it is fear and discipline. The mere fact that kids who should be moving all the time are sitting on their asses about 6 hours a day… it’s all against human nature, it’s all against child nature”.

Cette citation choc me fait tellement penser à mon petit frère, “hyperactif” (peut être devrait-on dire "normalactif" car selon Neill la nature de l'enfant est d'être actif!), malheureux dans l’école stricte où on allait tous les deux au début du primaire, il pleurait chaque matin en disant à ma mère qu’il haïssait l’école et qu’il ne voulait pas y aller, jusqu’à ce qu’on ait une place à l’école alternative Le Verseau. Mon petit frère aurait été un candidat parfait au bonheur à Summerhill et aurait pu jouer tout son saoul au lieu de connaître le parcours scolaire difficile qui fut le sien (5 écoles entre 6 et 18 ans et 2 "redoublements"). La multiplication des labels de TDAH "troubles du déficit d'attention avec hyperactivité" m'inquiète et je me pose la question: est-ce normal qu'un nombre sans cesse croissant de nos jeunes doivent prendre des pillules (ritalin etc.) pour fiter à l'école OU est ce l'école qui n'est pas adaptée à la nature des enfants, et en particulier des garçons? 

Neill: « Il est évident qu’une école où l’on force des enfants actifs à s’assoir devant des pupitres pour étudier des matières inutiles est une mauvaise école. Elle n'est bonne que pour ceux qui croient à son efficacité, c'est-à-dire, pour ces citoyens sans imagination qui veulent des enfants dociles dénués eux aussi d'imagination. Ils s'accomoderont d'une civilisation dont l'argent est la marque du succès ». 

« L’éducation traditionnelle ne concerne que la tête. La véritable éducation c’est qqch de plus profond : c’est vivre. Et l’école ne touche pas à la part importante dans la vie que sont les émotions, elles ne touchent grosso modo qu’à la tête ».

Aujourd’hui Summerhill existe depuis plus de 80 ans et résiste toujours aux modèles officiels. Mais imaginez donc à quel point cette école autogérée devait être controversée et révolutionnaire dans les années 1920, un vrai extra-terrestre! A cette époque, l’école classique formait les élèves au moule exigé par la société, les garçons et les filles étaient séparés et les châtiments corporels étaient autorisés. Les enfants étaient souvent battus à la maison comme à l'école et la discipline était le maître mot. En créant Summerhill, Neill rompt radicalement avec toute pédagogie, il veut une école qui serve les besoins de l’enfant plutôt que l’inverse.

Neill a une confiance absolue en l'enfant et en sa capacité innée à occuper son temps de la façon la plus utile et adaptée selon ses besoins à lui. "Mes gosses ont fait ce qui leur a plu et je ne doute pas qu'ils ont exprimé le meilleur d'eux-mêmes"."I am only just realizing the absolute freedom of my scheme of Education. I see that all outside compulsion is wrong, that inner compulsion is the only value. And if Mary or David wants to laze about, lazing about is the one thing necessary for their personalities at the moment. Every moment of a healthy child's life is a working moment. A child has no time to sit down and laze. Lazing is abnormal, it is a recovery, and therefore it is necessary when it exists".

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Un principe qui revient continuellement est celui du droit (voire du devoir de laisser la place) à la poursuite du bonheur. Comme le dit un ancien élève devenu médecin: "Je crois que ce qui distingue Summerhill c’est qu’on y apprend à vivre et à comprendre le principe de liberté et de tolérance qui l’accompagne. C’est aussi comprendre que les enfants doivent être heureux le temps de leur éducation". Le grand philosophe Bertrand Russell pense que c'est même un prérequis: "Happiness in childhood is absolutely necessary to the production of the best kind of human being".  

Neil, toujours aussi intense dans ses idées va jusqu'à dire que "all crimes, all hatred, all wars can be reduced to unhappiness. This book is an attempt to show how unhappiness arises, how it ruins human lives, and how children can be reared so that much of this unhappiness will never arise."

L'école de Summerhill accueillait à ses débuts tous les "enfants difficiles" des environs, les "rejets" du système et il leur fallait du temps, parfois plusieurs années où l'on donnait liberté et confiance, pour qu'ils trouvent leur voie: "the difficult child is the child who is unhappy. He is at war with himself; and in consequence, he is at war with the world".

Que retirer de tout cela pour nous, dans notre vie en 2011? Pour ma part, Summerhill me donne envie de faire encore plus confiance à mon fils, de laisser sa curiosité, sa soif de découverte et son besoin de jouer s'épanouir au maximum. Cela me fait dire de ne pas forcer les apprentissages "accadémiques" (vouloir qu'il lise tôt ou en faire un petit génie) mais de le laisser maître de son destin, prendre du recul en tant que mère afin de le laisser suivre ses intérêts et ses passions, comme on dit en anglais: "back off!". Neill: "The function of the child is to live his own life – not the life that his anxious parents think he should live, nor a life according to the purpose of the educator who thinks he knows best. All this interference and guidance on the part of adults only produces a generation of robots".

Aussi, Summerhill me fait questionner l'importance de ce qu'on apprend dans les écoles "normales". Qu'est ce que moi j'ai appris, retenu de toutes ces années (15 au total) assise sur un banc d'école? Qu'est ce qui m'est utile et me sert quotidiennement aujourd'hui? Lire, écrire, des maths de base, mais surtout, faire des recherches, être curieuse et être "capable d'apprendre" ce qui m'intéresse et m'interpelle. Est ce que toutes les informations qu'on nous a bourré dans la tête en valent la peine? Quelles sont les connaissances (standardisées) qu'un jeune "doit" apprendre et pourquoi celles-là et pas d'autres? Est ce qu'on passe à côté de quelque chose de plus créatif et original? Est ce que si on avait passé des heures et des heures à jouer dans la forêt avec d'autres enfants on connaîtrait mieux la nature, on se connaîtrait mieux soi-même?

Les réponses d'A.S. Neill nous bousculent et nous poussent à la réflexion: "Most of the school work that adolescents do is simply a waste of time, of energy, of patience. It robs youth of its right to play and play and play: it puts old heads on young shoulders".  "Books are the least important apparatus in a school. All that any child needs is the three R’s (Reading, wRiting, aRithmetics), the rest should be tools and clay and sports and theatre and paint and FREEDOM".

*** Et vous? Qu'en pensez-vous? Quels sont les besoins de nos enfants? Quelle est l'école idéale?

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Pour en savoir plus: voici le site de l'école Summerhill, la super intéressante vidéo en français partie 1, partie 2 et partie 3 et un roman écrit par A.S. Neil (The Last Man Alive) pour enfants de 7 à 70 ans et disponible intégralement et gratuitement sur internet ici (voir les commentaires de lecteurs ici). 

Posté par Jo and Pascal à 00:13 - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

    Un livre à dénicher à la bibliothèque qui vient d'ouvrir. Merci!

    Posté par ludivine, 23 janvier 2011 à 22:16
  • Documentaire très intéressant, très inspirant.

    Leurs assemblées m'ont rappelé les "Conseils de coopération" que je faisais lorsque j'enseignais. Deux fois par semaine, nous nous asseyions en cercle et nous discutions de la vie de la classe, de ce que nous aimerions changer, de ce qui allait bien aussi. Il y avait aussi un genre de tribunal pour régler les disputes. Bref, je me rends compte que c'était fortement inspiré, je dirais même copié des assemblées de Summerhill.

    Comme enseignante, la notion de plaisir est très importante pour moi. Mon premier objectif est que l'enfant aime venir à l'école. Bref, je suis très Summerhillienne dans l'âme et je ne le savais pas!

    Il y a bien sûr quelques bémols, je n'adhère pas à tous leurs principes, mais on a la même base.

    Posté par Carizak, 24 janvier 2011 à 14:42
  • Ohhh Joanna, comme j'ai hâte d'échanger avec toi sur ce magnifique sujet ! MERCI de l'aborder ici !

    Si tu veux lire qqchose de très inspirant, je te recommande avec tout mon coeur "Éduquer. Pour la vie !" de Charles Caouette, le fondateur de Jonathan, aux Éditions Écosociété. Il retourne dans tous les sens toutes ces idées reçues sur l'éducation, pose des questions qui vont droit au coeur, avec, toujours, cette foi en l'enfant et ses capacités, et son désir de respecter l'enfant dans tout ce qu'il est, avec tant d'humanité !

    Posté par Marie l'urbaine, 26 janvier 2011 à 21:41
  • Joanna, fais-tu partie des initiateurs de l'école libre de Montréal? Penses-tu faire l'instruction en famille?

    Posté par Catherine, 28 avril 2011 à 20:08

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